Un Français retrouvé vivant après 3 semaines dans un IKEA de Toulouse
Jean-Marc Poulain, 54 ans, comptable à Blagnac, a survécu 22 jours dans le magasin suédois en se nourrissant de boulettes et de confiture d'airelles. Il affirme avoir fondé une « micro-civilisation » au rayon KALLAX.
Les secours ont extrait mardi en début d'après-midi un homme de 54 ans, Jean-Marc Poulain, comptable agréé domicilié à Blagnac (Haute-Garonne), du magasin IKEA de Toulouse-Balma où il errait depuis vingt-deux jours consécutifs. L'homme, amaigri de 4,3 kilogrammes mais décrit par les médecins du SAMU comme étant « en remarquable condition physique compte tenu des circonstances », a été transporté au CHU de Toulouse pour observation. Selon le procureur de la République, une enquête préliminaire a été ouverte pour « mise en danger d'autrui par aménagement intérieur labyrinthe ».
Les faits remontent au 10 mars dernier. M. Poulain s'était rendu au magasin suédois « pour acheter une étagère KALLAX et trois lots de bougies chauffe-plat GLIMMA », selon le témoignage qu'il a livré aux enquêteurs depuis son lit d'hôpital. « Ma femme m'avait donné une liste très précise. J'ai quitté le rayon salon, j'ai pris un raccourci entre les cuisines et les salles de bains, et à partir de là, je ne sais plus ce qui s'est passé. Les flèches au sol menaient dans des directions contradictoires. J'ai tourné à gauche au rayon MALM, et soudain je ne reconnaissais plus rien. »
«pour acheter une étagère KALLAX et trois lots de bougies chauffe-plat GLIMMA
»
Selon les données des 347 caméras de surveillance du magasin, analysées par le commissariat de Toulouse depuis mardi soir, M. Poulain a parcouru un total estimé de 214 kilomètres à l'intérieur du bâtiment de 34 000 mètres carrés pendant ses 22 jours d'errance. « Il décrivait des boucles concentriques entre les rayons PAX et BESTÅ, repassant en moyenne 7,3 fois par jour devant le même canapé KIVIK gris sans le reconnaître », indique le rapport préliminaire de la police judiciaire, consulté par notre rédaction. Un expert en topologie de l'université Paul-Sabatier, consulté en urgence, a qualifié le parcours de « fascinant d'un point de vue mathématique — c'est essentiellement une marche aléatoire en espace quasi-euclidien avec des propriétés fractales ».
Pour survivre, M. Poulain explique avoir développé une routine stricte. « Le premier jour, j'ai paniqué. Le deuxième jour, j'ai trouvé le restaurant d'entreprise. À partir du troisième jour, j'ai compris qu'il fallait m'organiser. » Il s'est constitué un campement permanent au rayon KALLAX, utilisant six étagères pour bâtir un abri qu'il a baptisé « Fort BILLY ». Sa nourriture provenait exclusivement du Bistro IKEA et du marché suédois : boulettes de viande (il en a consommé environ 840 en 22 jours, soit une moyenne de 38 par jour), sauce à la crème, confiture d'airelles, et « une quantité astronomique de hot-dogs à 1 euro ». Il se lavait dans les salles de bains d'exposition et dormait dans un lit HEMNES qu'il avait « soigneusement fait chaque matin, par respect pour le personnel ».
L'affaire a pris une dimension inattendue lorsque les enquêteurs ont découvert que M. Poulain n'était pas seul dans le magasin. Au cours de la deuxième semaine, il avait été rejoint par trois autres clients égarés : Mme Françoise Lebreton, 67 ans, retraitée, perdue depuis 11 jours (« je cherchais la sortie depuis le rayon textiles, je n'ai jamais trouvé ») ; M. Karim Benali, 31 ans, ingénieur, entré pour « un tabouret MARIUS à 6,99 euros » huit jours plus tôt ; et un étudiant en sociologie de 22 ans, Lucas Moreau, qui affirme être entré volontairement pour « une thèse de terrain sur les non-lieux de la postmodernité ». Ensemble, ils avaient fondé ce que M. Poulain décrit fièrement comme « une micro-civilisation autogérée et fonctionnelle, avec un système de troc basé sur les crayons IKEA et un conseil municipal qui se réunissait chaque soir au rayon bougies ».
La direction d'IKEA France a publié un communiqué exprimant « sa profonde préoccupation et toute sa sympathie envers M. Poulain et ses compagnons d'infortune ». Le directeur du magasin de Toulouse-Balma, M. Lars Johansson, a cependant tenu à préciser que « la signalétique du magasin est parfaitement conforme aux normes européennes en vigueur » et que « des flèches jaunes de 40 centimètres de large indiquent clairement la sortie tous les 200 mètres ». Il a ajouté, d'un ton que nos journalistes ont jugé insuffisamment empathique : « M. Poulain est passé devant la sortie au moins 34 fois en 22 jours. Nous avons vérifié sur les caméras. Il regardait son téléphone à chaque fois. »
L'avocate de M. Poulain, Me Isabelle Flatpack-Durand, a annoncé le dépôt d'une plainte contre IKEA France pour « architecture intentionnellement désorientante, rétention involontaire de clientèle et exposition prolongée à des noms de meubles imprononçables ayant causé un stress linguistique documenté ». Elle réclame 340 000 euros de dommages et intérêts, ainsi que « un bon d'achat de 50 euros, parce que M. Poulain n'a toujours pas son étagère KALLAX ».
Au moment de la publication de cet article, les quatre rescapés ont tous regagné leur domicile. M. Poulain a confié à notre rédaction, avec un sourire las : « Ma femme m'a demandé si j'avais au moins pris les bougies GLIMMA. Je n'avais pas les bougies. Elle m'a renvoyé au magasin. Je suis actuellement dans le parking et je refuse de sortir de la voiture. » L'étudiant en sociologie, Lucas Moreau, a quant à lui confirmé que son expérience ferait l'objet d'un mémoire de 280 pages intitulé « KALLAX et le vide : ethnographie d'une communauté involontaire en milieu meublé ». Sa directrice de thèse a validé le sujet « avec enthousiasme ».
Commentaires (5)
Honnêtement 3 semaines c'est rien. Moi j'essaye de sortir du parking IKEA Toulouse depuis 2019. Si quelqu'un passe par là, je suis au niveau -2, rangée F, avec un chariot de BILLY.
En tant qu'ancien militaire et consultant survie, je confirme que IKEA est un environnement hostile. Pas de lumière naturelle, signalétique contradictoire, et les crayons sont trop petits pour écrire un SOS lisible. Respect à ce monsieur.
C'est ce qui arrive quand on ne suit pas les flèches au sol. IKEA est un parcours initiatique. Soit tu en sors transformé, soit tu n'en sors pas. Pensées pour sa famille 🙏
Si on y réfléchit, IKEA c'est juste une métaphore de la vie : on suit un chemin fléché qu'on n'a pas choisi, on achète des trucs dont on n'a pas besoin, et à la fin on se retrouve perdu avec un sac de bougies GLIMMA.
Je travaille dans ce magasin. On savait qu'il était là depuis le jour 3. Mais comme il rangeait mieux que 80% de nos clients, le directeur a dit de le laisser tranquille. Il a même eu une prime.